Mayotte(suite)

Mayotte(suite)
L'OPINION DES EUROPEENS..
Il ne peut être question dans cette partie du monde -tant les mouvements de population ont été divers- de traiter Mayotte sans y introduire les autres îles de l'archipel et aussi Madagascar.
Le premier Européen qui a écrit un ouvrage sur l'archipel des Comores, nous l'avons vu, est Alfred Gevrey,
Pour l'historien, R. Kent, dont les ouvrages ont été publiés en 1968 dans JOURNAL OF AFRICA HISTORY les régions Ouest de l'océan Indien -c'est à dire la côte de Madagascar tournée vers le canai de Mozambique- et l'Est africain, à savoir tout le littoral qui s'étend de Mogadiscio à Sofala en passant par Pate, Mombasa, Dar-es-Salam et le cap Delgado, ont connu d'abord des vagues migratoires parties de l'Asie à partir du Vè siècle. La grande arrivée des Bantous en fera un univers afro-indonésien qui aboutira à ce que l'historien nomme The Afromalagasy race, « qui n'était pas un groupe homogène mais comprenait des extrêmes africains et indonésiens et tous les degrés de mélanges possibles ». Il y eut ensuite d'autres apports ethniques : éléments arabes, persans, africains, indiens du Gujerat dans un mouvement de va-et-vient incessant, les preuves d'influences ethnographiques existant.
Les convictions de Kent sont partagées par un certain nombre d'historiens et anthropologues dont Claude Allibert qui, à priori, n'en réfute pas les données. Lors d'une réception organisée en son honneur à Paris, en décembre 1991, par l'Association pour Mayotte française, il eut l'occasion d'exprimer son point de vue à la lumière des études anthropologiques et culturelles entreprises en 1970 et aussi des fouilles archéologiques qu'il a effectuées sur plusieurs sites de Mayotte. Les résultats de ces différents travaux
font admettre (avec quelques réserves) les apports de populations venues de l'Asie du sud-est (Bornéo, Sumatra, Java) à partir du Vème siècle, qui auraient rencontré trois ou quatre siècles plus tard des populations bantoues et seraient donc à l'origine du peuplement des Comores.
Les Bantous arrivèrent à Mayotte dans une période située approximativement entre le IXè et le XIè siècle, qui correspond à celle de la datation des poteries découvertes dans les sites de Majicavo, Agnoudrou et le vieux Dembéni.
Leurs particularités ? Elles sont semblables à celles qui ont été découvertes sur la côte nord-ouest de Madagascar et à Pemba, une île qui se trouve au nord de Zanzibar.
Quoi qu'il en soit la circulation des hommes et les échanges devaient être intenses dès le VIllè siècle, puisque l'on a découvert à Mayotte du verre de Perse et des poteries de Chine, du Moyen-Orient et de Madagascar dont la datation, avec une marge d'erreur minime, remonte à cette époque.
Jean-Claude Hébert, l'historien bien connu des Mahorais, cite les travaux du linguiste Pierre Simon qui a lancé l'hypothèse que le « paléomalgache », comme il le dénomme, aurait pu se former à Mayotte où le fond dominant de la population en place aurait été d'origine indonésienne lorsque les premiers locuteurs bantous arrivèrent.
Il en déduit que si les Bantous arrivèrent à Mayotte vers le Xè siècle et que le métissage indonésien-bantou se soit fait à la même période c'est que les populations asiatiques s'y trouvaient déjà.
L'historien se prononce aussi pour une possibilité que les locuteurs malgaches de Mayotte, Wabushi et Antalaotsy, soient les descendants de ces purs aborigènes venus d'Indonésie, Et d'ajouter : « Toutes les thèses plus ou moins contradictoires, doivent être examinées avec soin, pour déceler s'il en est encore temps, vu le melting-pot de l'île, le puzzle initial du peuplement de l'île ".
Un linguiste norvégien, Otto Christian Dahl, lors de son séjour cri tant que missionnaire à Madagascar, a émis l'hypothèse lors de ses recherches sur la voie de migration suivie par les Proto-Malgaches, que la vague indonésienne qui a peuplé la Grande Ile est venue par le nord-ouest, c'est à dire l'archipel des Comores pour aboutir sur les rivages nord-ouest de Madagascar. Ces Indonésiens auraient vraisemblablement transité par la côte africaine.
L'archéologue Pierre Vérin, professeur à l'INALCO, auteur de plusieurs ouvrages dont Asian perspectives et Histoire ancienne du nord-ouest de Madagascar, qui, le premier, a entrepris une comparaison entre l'archéologie du nord-ouest de Madagascar et celle de la côte est de l'Afrique, envisage deux principales migrations : une première qu'il nomme « paléo-indonésienne » plus métissée que ne le sera celle qui la suivra immédiatement, vers Madagascar, avec des populations apparentées aux Javanais. La seconde importante migration aurait été celle des Néo-Indonésiens. Si l'incertitude demeure en ce qui concerne le point de départ on admet, malgré quelques réserves formulées par certains auteurs , sur le métissage afro-asiatique à la côte africaine, qu'il y a eu des migrations indonésiennes dès le lexème siècle ou le Veine siècle vers les Comores. Donc bien avant les périodes bantou, arabe, shirazi ou européenne.

L'OPINION DES GEOGRAPHES ORIENTAUX
Longtemps les savants européens se sont évertués à découvrir l'origine du nom « Comores ". Ils ont fait le rapprochement avec les monts Qomr, « les montagnes de la lune » en Afrique orientale, et aussi avec le nom de la colombe, qumri d'après sa couleur cendrée, ou encore le parfum de la feuille de bétel, komari, que l'on trouve sur ses rivages. En définitive, l'île Qomr serait celle où les indigènes ont « un visage, un teint clair ". par rapport au teint « noir » des Swahilis ou des Yéménites.
Les Arabes, au Moyen-âge, connaissaient déjà la côte orientale de l'Afrique que leurs navires longeaient jusqu'à l'extrémité de Sofala pour les besoins du commerce, mais leurs géographes étaient victimes d'imprécisions géographiques conduisant à la confusion des îles Comores avec Madagascar mais aussi de celles-ci avec l'archipel malais. Ce fait est confirmé par le tracé des cartes d'un célèbre géographe arabe du XlIème siècle, Abu Abd Allah Muhammad al Idrisi dont les cartes serviront de base aux travaux ultérieurs.
De l'analyse que fait G. Ferrand des auteurs arabes, il ressort qu'il ne peut y avoir sous le vocable Komr que Madagascar et que sa population avait été colonisée depuis le XIlème siècle par des immigrants venus de Sumatra qui y avaient! introduit leur langue, dont dérive le malgache. Son opinion est que s'il existe entre l'Asie et Madagascar et même l'Afrique orientale une communauté de termes pour les désigner (Khmer et Komr) c'est simplement parce qu'il s'agit de part et d'autre, de la même population qui aurait émigré d'un continent vers l'autre. La description de différents endroits, de continents différents sous le même vocable signifierait donc une occupation de ces lieux par la même population.
Dans l'extrait L Vl d'Ibn Saïd, la confusion entre le Komr africain et le Komr d'Extrême Orient (Khmer), apparaît nettement. Ferrand voit là l'origine des difficultés auxquelles se heurtent les auteurs travaillant sur des textes anciens.

# Posté le jeudi 14 avril 2005 04:03

Modifié le jeudi 31 mai 2007 08:59

Madagascar

Madagascar
Aux origines du peuple malgache
À la question énigmatique, Malgache qui es-tu ? La réponse est délicate et complexe car le peuple malgache est issu d'immigrations successives aux origines diverses. Deux chronologies déterminent la période des premiers peuplements de l'île. La première fait débuter les occupations dès le Ve siècle avant J.C. tandis que la deuxième fixe aux VIe et VIIe siècles après J.C. les premières immigrations.
L'immigration malayo-polynésienne
et indonésienne
Ces "proto-malgaches" seraient arrivés tout d'abord d'Indonésie et du sud-est asiatique et auraient abordé Madagascar par l'ouest et le nord-ouest. D'après une hypothèse, certaines de ces populations se seraient d'abord établies dans l'archipel des Comores avant de gagner la Grande- Ile. La tradition orale place les "Vazimba" comme les premiers habitants de l'île. (Ils pourraient donc être ces premiers immigrants). A. Grandidier a pu en 1869 voir les derniers vestiges de cette société Vazimba dans les gorges du Manambolo (ouest de Madagascar) et déclare : "Il résulte de tout ce que j'ai vu et appris que par leurs m½urs, par leur langue et par leurs traditions, les Vazimba se rattachent à la grande famille malgache dont l'origine indonésienne me semble démontrée" (dans Revue, notes, reconnaissances et explorations tome V, 2e sem. 1903, p.101, Tananarive. Imp. officielle). "En réalité, il n'y a lieu de faire aucune distinction ethnique entre les Merina et les Vazimba. Dans la plupart des cas, ceux qu'on appelle Vazimba sont simplement les plus lointains ancêtres du clan établi dans le pays" (d'après C. Renel "Ancêtres et Dieux" Bulletin de l'Académie Malgache 1920, 1921, P 41.) "Dia olona hiany tahak izoa olona izoa". C'étaient des gens comme ceux d'aujourd'hui. D'après. "Tantara ny Andriana eto Madagasikara" trad. orales malgaches recueillies par R.P. Callet - 1908. Tananarive. Ces populations Vazimba furent d'ailleurs combattues et absorbées par des vagues plus récentes d'immigrants Indonésiens qui occupèrent les plateaux centraux de l'île.

L'immigration arabe et africaine
Après les Indonésiens et les Malayo-polynésiens, c'est au tour des Sémites et Arabes islamisés de s'installer sur les pourtours de Madagascar. Ainsi à la fin du premier millénaire, les Arabes, alors grands navigateurs et commerçants, écument l'Océan Indien. Ils installent de nombreux comptoirs, notamment sur la côte nord-ouest et nord-est de Madagascar. Ces comptoirs seront pour la plupart détruits par les navigateurs portugais dès le XVIe siècle. Certaines populations du sud-est se réclament encore de ces immigrations arabes aux traditions islamiques. (Antemoro, Antambahoaka...). Des témoignages sur l'existence de peuplements africains, vraisemblablement originaires du Mozambique sont également révélés dès le XVIe siècle par des navigateurs portugais. La traite d'esclaves en provenance des côtes de l'Afrique de l'Est a été en grande partie à l'origine de cette immigration africaine. Certains de ces descendants que l'on appelle communément "Makoa" sont essentiellement installés le long de la côte nord-ouest de l'île.

# Posté le jeudi 14 avril 2005 04:44

Madagascar(suite)

Madagascar(suite)
Les tentatives d'implantation européennes
Le premier européen à découvrir la Grande Ile sera Portugais. En 1500, Diego Dias aborde par hasard les côtes malgaches. Madagascar devient alors une escale sur la route des Indes et fait l'objet de nombreuses tentatives d'implantations européennes. Après les Portugais (XVIe siècle), c'est au tour des Hollandais (fin du XVIe siècle) et des Anglais (XVIIe siècle) d'essayer d'y établir des colonies. En dehors des Hollandais qui abandonnèrent volontairement la baie d'Antongil au profit de la région du Cap, ces tentatives se soldèrent par des échecs. Les Français entreprirent la seule véritable tentative de colonisation et s'installèrent durant trente années (1642-1672) sur le site de Fort-Dauphin. Plus tard et jusqu'au XIXe siècle, grâce à de nombreux comptoirs installés le long de côte orientale, des traitants Français et Créoles effectueront un commerce florissant entre Madagascar et l'Ile Bourbon (Ile de la Réunion) ainsi qu'avec l'Ile de France (Ile Maurice).
Les XVIIe et XVIIIe siècles
Au XVIIe siècle, on compte déjà de nombreux royaumes indépendants. On trouve au sud-est, les ethnies aux origines arabo-islamiques (Antambahoaka, Antemoro, Antanosy et Antesaka). Les peuplades essentiellement pastorales, comme les Bara, les Mahafaly, Antandroy et autres Masikoro se partagent les vastes territoires du sud de l'île. À l'ouest s'étendent les immenses royaumes Sakalava du Menabe et celui du Boina, plus récent (XVIIIe siècle). Sur la côte orientale, les Betsimisaraka assoient leur autorité, alors que sur les Hautes Terres, les royaumes Betsileo mais surtout Merina étendent leur domination. La traite des esclaves favorise alors une politique d'expansion territoriale et profite à ceux qui disposent d'armes à feu. Ainsi, l'hégémonie Sakalava s'explique par le contrôle des principaux postes de traite de la côte ouest avec l'appui des commerçants Antaloatra. Le royaume Sakalava s'affaiblira à la fin du XIXe siècle en raison de querelles de succession et d'un handicap lié à l'immensité des territoires occupés par une population dispersée et nomade.

# Posté le jeudi 14 avril 2005 04:51

Modifié le lundi 04 juin 2007 13:26

Madagascar

Madagascar
Le XIXe siècle
Le XIXe siècle voit l'émergence de l'expansion Merina, d'abord grâce à l'½uvre unificatrice du souverain Andrianampoinimerina (1786-1810) qui résuma son ambition territoriale par cette phrase : "La mer sera la limite de ma rizière". C'est son fils Radama 1er (1810-1828) qui poursuit l'½uvre de son père en entreprenant de conquérir l'île entière, aidé dans sa politique par les Britanniques. Les traités anglo-malgaches de 1817 et 1820 le reconnaissent comme étant roi de Madagascar et apportent une coopération militaire, culturelle et religieuse. En contrepartie Radama 1er doit renoncer à la traite des esclaves. Les troupes du roi Radama 1er contrôlent assez facilement la côte orientale de l'île ainsi que l'ensemble des Hautes Terres mais échouent dans le vaste pays Sakalava. Le règne du "progressiste" Radama 1er sera de courte durée, suivi par celui de la reine Ranavalona 1e (1828-1861) marqué alors par une politique très traditionaliste, anti-européenne et antichrétienne. Plus tard, le Premier Ministre Rainilaiavony qui épousa successivement trois reines conserva le pouvoir durant plus de trente ans (1864-1895). Il voulut quant à lui fonder la construction nationale grâce à une religion nouvelle : le protestantisme. Cette période fut marquée par un développement de la scolarisation et de l'évangélisation, notamment en Imerina, grâce à l'implantation de nombreuses missions chrétiennes (London Missionary Society, Jésuites, Anglicans, Luthériens) et la transcription phonétique du Malgache avec l'impression de la première Bible en malgache dès 1835 et d'ouvrages religieux dès 1866.

L'influence européenne se distinguera dans les domaines techniques (architecture, cordonnerie, savonnerie, armurerie, imprimerie...). Pourtant, dès la deuxième moitié du XIXe siècle, la monarchie Merina n'a plus de politique économique. Les conséquences qui en découlent se manifestent par une stagnation économique, un abandon des conquêtes, alors qu'une bonne partie de l'île échappe à son contrôle. Le détournement des corvées vers des intérêts particuliers aux dépens des travaux d'intérêts généraux en est aussi un exemple.

Durant les années 1883-1885, une expédition est déclenchée par la France pour obtenir le droit de propriété en faveur des européens et protéger les Sakalava, alors alliés des Français. Cette entreprise débouchera sur une paix de compromis : en contrepartie de la reconnaissance de la reine Merina comme souveraine de Madagascar, la France demande au Premier Ministre de rétablir l'ordre sur l'ensemble de l'île et exige par ailleurs une indemnité de guerre.

Madagascar, colonie française
Alors que certains Européens se disent menacés par l'insécurité, la France décide de lancer en 1895 un corps expéditionnaire jusqu'à Tananarive. Cette campagne débouche sur le traité du 1er octobre 1895 qui confirme le "protectorat" de la France. La monarchie n'est pas encore supprimée, mais le traité lui enlève tout pouvoir au profit du Résident Général. La loi du 6 août 1896 stipule : "Est déclarée colonie française l'île de Madagascar avec les îles qui en dépendent". La royauté est abolie le 28 février 1897. La Reine Ranavalona III est déposée puis exilée à Alger. Les débuts de la colonisation française sont marqués par un homme qui a jeté les bases d'une politique vigoureuse dont les fins sont principalement économiques. Cet homme s'appelle Gallieni, devenu Gouverneur Général de Madagascar. Il exercera tous les pouvoirs entre septembre 1896 et mai 1905. On peut résumer quelques actions marquantes de sa politique. "Pacification" de l'île entière et étendue de l'institution traditionnelle Merina du "Fokon'olona", démontage de l'oligarchie locale et l'abolition des privilèges des "grands". Élimination de la concurrence étrangère en matière de commerce. Réalisations importantes et durables dans les domaines de la communication (axes routiers, chemins de fer, équipements portuaires, réseau télégraphique). Fondation de l'école de médecine en 1897, et de l'Assistance Médicale Indigène ½uvrant dans les provinces. Développement d'une école laïque qui axe plutôt son enseignement vers les domaines techniques afin de former des ouvriers ou des fonctionnaires. Par ailleurs, les Malgaches deviennent dès 1896 "sujets Français" mais non-citoyens, n'ayant donc aucun droit politique.

# Posté le jeudi 14 avril 2005 05:10

Madagascar

Madagascar
La résistance nationaliste
Face à l'autorité coloniale, une résistance locale se développe. Dès 1895, les "Menalamba" groupe d'insurgés nationalistes et traditionalistes, prônant le retour au passé, la conservation de la religion des ancêtres et la fidélité à la royauté mènent leurs actions contre les Français, jusqu'en 1898. Cette résistance pas toujours organisée est une manifestation du rejet du "Fanjakana" ou de l'autorité coloniale qui instaure impôts, prestations (travaux d'intérêts généraux), réquisitions aux populations. Ce rejet se manifeste, à l'occasion, par la pratique des feux de brousse, le vol de b½ufs, le vagabondage, le refus d'envoyer les enfants à l'école ou de fréquenter les postes sanitaires. Les élites elles-mêmes, ayant intégré le principe du "progrès" et croyant aux possibilités de promotion à travers l'instruction, sont déçues par l'impossibilité d'accéder à une égalité de droit, sociale et politique. La naturalisation française est une des revendications premières des Malgaches. L'intransigeance du pouvoir colonial radicalise le mouvement vers des volontés d'indépendance. L'insurrection de 1947, sévèrement réprimée, marque une étape décisive dans la lutte pour l'indépendance. En septembre 1958, les Malgaches votent en faveur de la communauté proposée par le Général De Gaulle. Le 26 juin 1960, l'indépendance du pays est proclamée.

# Posté le jeudi 14 avril 2005 05:14